CO129-224 - Foreign Office - 1885 — Page 130

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nances royales préparaient l'abolition de l'esclavage. Une convention, en date du 28 juillet 1877, conféra au Représen- tant du protectorat français la faculté d'assister au Conseil des ministres cambodgiens.

Nous fimes, par contre, peu de temps après, à Norodom une concession du plus fâcheux caractère. Il lui fut permis de promulguer une ordonnance royale, aux termes de laquelle, les Annamites, sujets français, perdaient leur na- tionalité après un an de séjour au Cambodge. Il en résulta que cent mille de nos sujets furent instantanément réduits à 1 état de corvéables de la plus misérable catégorie.

De toutes les ordonnances de 1877, celle-là seule fut mise en vigueur.

Les réformes concernant l'administration, les finances, la justice, l'esclavage ne reçurent pas même un commence- cement d'exécution.

Cette situation du Cambodge appela vivement l'attention du premier gouverneur civil de la Cochinchine, M. Le Myre de Vilers. Sa vigilance fut mise d'autant plus en éveil que le roi Norodom avait laissé paraître certaines velléités de se sous- traire aux obligations de la convention de protectorat de 1863, notamment en 1878, époque à laquelle il avait essayé de trai- ter directement avec l'Espagne.

Nous ne saurions mieux faire, pour donner une idée précise de l'état du Cambodge plusieurs années après les ré- formes illusoires de 1877, que de reproduire quelques extraits d'un remarquable rapport que M. Le Myre de Vilers adressait au ministre de la marine, à la date du 15 avril 1882.

Ce document a été communiqué par le Gouvernement à votre Commission.

Lorsqu'en 1863, écrivait M. Le Myre de Vilers, nous assurâmes le trône du Cambodge au roi Norodom, nous ne sûmes pas, nous ne voulûmes pas ou nous ne pûmes pas pro- fiter de ses bonnes dispositions et nous négligeâmes de pla- cer à la tête de l'administration, de la justice et des finances, des fonctionnaires français; peu à peu le Roi s'est habitué à

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N° 3482 l'exercice d'un pouvoir absolu et, je dois le reconnaître, sans contrôle; étranger aux affaires de son royaume et aux intérêts de ses sujets, sa fantaisie est devenue sa seule règle de con- duite et, en maintes circonstances, il n'a pas craint d'agir en dehors de nous et même contre nous, notamment à l'occasion des traités espagnols.

« Il est vrai qu'en 1877, pour remédier à cet état de choses, nous exigeâmes la promulgation d'ordonnances qui supprimaient l'esclavage, donnaient à notre représentant entrée au Conseil des ministres et, en vue de mettre un terme à la dilapidation des finances, prévoyaient l'enregistrement, au protectorat, de tous les contrats passés entre Sa Majesté et les Européens. Malheureusement, toutes ces mesures n'avaient pas de sanction et elles sont restées à l'état de lettre morte.

<< La chasse et le commerce des personnes se pratiquent toujours chez les Penongs et les Stiengs; les mandarins ne recevant pas de solde, continuent leurs exactions et vivent de pillage; la vénalité des magistrats n'a pas diminué; les actes de piraterie se multiplient; les services publics n'exis- tent plus que de nom; les routes et les ponts, faute d'entre- tien, ont disparu et les communications sont devenues impos- sibles; par contre, les dépenses de la Cour s'accroissent chaque année; le roi s'est laissé entrainer, par vanité, à join- dre au luxe asiatique tous les raffinements du confort européen : musique tagale et musique cambodgienne; voi- tures de toutes sortes et 250 éléphants conduits et gardés par de nombreux esclaves; flottille à vapeur et innombrables bâteaux de tous genres, depuis la grande barque de luxe et la pirogue à quarante rameurs, jusqu'au Ghe-lüong; police tagale et police cambodgienne, infanterie, cavalerie, artillerie, gardes du corps, pages, etc..... à la mode européenne, table et vins français dont la dépense vient s'ajouter à l'entretien de son immense personnel, domestiques européens, chinois, annamites, tagals, cambodgiens, Penongs, etc., etc.; acquisi- tion immodérée de diamants et de bijoux; enfin et, pour couronner le tout, un harem composé de 400 femmes dont le nombre s'accroît chaque année par des détournements

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